La crise  actuelle a d’ores et déjà des impacts importants sur la chaîne logistique. Certains flux s’arrêtent du fait de la fermeture des magasins mais d’autres se transforment. Les transporteurs, soumis aux contraintes sanitaires, sont amenés à modifier leurs pratiques

Dans cette période de crise sans précédent, les acteurs publics, les journalistes et les habitants découvrent (ou redécouvrent) l’importance du transport. Souvent décrié et malmené, le transport est juste une activité indispensable à la vie d’un pays comme l’est l’approvisionnement en eau ou en énergie.

Dans la période actuelle, il s’agit tout simplement d’approvisionner les établissements de santé en médicaments, fournitures d’hygiène, repas, matériel. Il s’agit d’approvisionner les commerces alimentaires et marchés, alors même qu’une surconsommation a été observée lors des derniers jours dans certains rayons de produits de première nécessité. Le transport permet aussi d’assurer l’approvisionnement des entreprises en matériel de maintenance ou en carburant. Il permet aussi de livrer aux particuliers des denrées alimentaires ou repas, notamment aux personnes âgées ou malades à domicile.[1] Les acteurs de la logistique doivent alors être d’autant plus vigilants sur les conditions d’hygiène et de sécurité de leurs collaborateurs.

Le Ministère de l’Economie a dans ce cadre publié un guide de précautions sanitaires à respecter pour les livraisons. Concernant les livraisons de repas à domicile, les restaurants doivent prévoir une zone de récupération des repas. Le livreur dépose son sac ouvert, et le restaurateur place le repas directement dans celui-ci. Après avoir prévenu de son arrivée, le livreur doit ensuite éviter tout contact avec le consommateur : il peut déposer la commande devant la porte de l’acheteur. Le livreur doit ensuite partir immédiatement ou s’écarter d’une distance de minimum 2 mètres avant l’ouverture de la porte par le client.[2] Les gestes barrières sont rappelés. Le matériel de livraison doit être régulièrement nettoyé, notamment les boîtiers sur lesquels les clients confirment la réception de leurs commandes. Le port de gants s’avère également indispensable.

10 millions de masques ont été réquisitionnés par l’Etat afin d’être redistribués auprès des professionnels de santé et des pharmacies. Cette réquisition concerne tous les distributeurs qui disposent de stock sur le territoire français. Entre 15 et 20 millions de masques supplémentaires seront débloqués « à mesure que les besoins se feront sentir » selon le Ministre de la santé Olivier Véran. La réquisition est codifiée dans le code de la Défense : ce décret réserve les stocks de masques à la France, aucune exportation n’est alors possible.

La Ministre de la Transition Ecologique et Solidaire a rappelé, dans une lettre ouverte, le rôle fondamental des entreprises de transport et de leurs salariés dans la vie de la Nation. Comme les services d’approvisionnement en énergie ou en eau, ces entreprises « permettent au pays de rester debout ».

Mais comment ces entreprises s’organisent-elles pour assurer ce service dans les conditions que nous connaissons de contraintes sanitaires, mais aussi de réduction des déplacements ? Les fédérations de transporteurs se sont unanimement mobilisées pour informer leurs adhérents des mesures d’hygiène indispensables (les gestes barrière), des contraintes réglementaires en vigueur, mais aussi des bonnes pratiques. Elles se sont aussi mobilisées pour exiger des Pouvoirs Publics des conditions de circulation et de travail adaptées à leurs besoins quotidiens. Certains prestataires logistiques ont mis en œuvre des actions concrètes au sein de leur structure. Afin de limiter les retraits de colis directement dans les entrepôts, certains ont  par exemple mis en place des casiers extérieurs avec des codes afin d’éviter le contact entre les clients et les salariés.

Malgré les surconsommations ponctuelles, la chaîne des invendus alimentaires est mise à rude épreuve du fait de la fermeture des restaurants. Pourtant, il faut continuer à approvisionner les associations.

Les logisticiens du e-commerce sont également très sollicités. Certains ont vu leurs volumes de commandes multipliés par 2 voire par 5. Les distributeurs ont anticipé et multiplié leurs commandes auprès de leurs fournisseurs par crainte de se retrouver en rupture d’approvisionnement. Certains entrepôts ont par conséquent vu leurs niveaux de stock augmenter de 30%. L’alimentaire (dont les Drive), les équipements informatiques, le parascolaire, l’électroménager, la puériculture ainsi que le gaming sont des typologies de produits particulièrement concernées par cette augmentation. Les livraisons de matériel associées à une intervention nécessitant du temps, comme l’installation d’une cuisine, sont reprogrammées afin de minimiser les contacts.

L’e-commerce alimentaire peine à satisfaire la demande, face au surstock des consommateurs qui cherchent à éviter le maximum de contacts physiques. Début mars, les commandes avec livraison en drive ont progressé de 29% tandis que la livraison alimentaire à domicile avait déjà bondi de 72%[3].

Le travail a été autorisé le dimanche dans le secteur de la logistique, permettant ainsi d’assurer l’approvisionnement des magasins. Le manque de ressources humaines se fait toutefois ressentir. Depuis la fermeture des écoles, de nombreux salariés sont contraints de rester à domicile afin de garder leurs enfants. De quoi compliquer la demande en livraisons à domicile, ceci d’autant plus que les points relais sont fermés.

Les entreprises ont aussi pris l’initiative de Plans de Continuité d’Activité, qui leur permettent de fonctionner dans des situations de crise, notamment lors de l’absence de certains salariés malades.

Le retour d’expérience de la Chine, qui a assuré le maintien de livraisons dans les zones mises en quarantaine s’avère intéressant pour l’Europe. Bien qu’à Wuhan les rayons des supermarchés aient été vidés dès l’annonce de la mise en quarantaine, les 11 millions de résidents ont su tirer parti du numérique pour s’organiser et collaborer avec les fournisseurs. Un système d’inventaire numérique compatible avec l’IA a aussitôt initié l’expédition de fournitures médicales et alimentaires dans la région. Le fort taux de pénétration du numérique de la population, associé à la digitalisation des chaînes d’approvisionnement a facilité les livraisons à domicile. L’utilisation de robots livreurs autonomes, notamment par le pure-player JD.com, et de drones, a également été déployée pour limiter le risque de transmission.

La planification des livraisons, la gestion des ressources humaines, l’augmentation des moyens de transport et la diminution des contacts entre les livreurs et les clients sont les leviers qui ont été activés par les transporteurs afin de faire face à cette crise exceptionnelle.

Lorsque nous serons enfin sortis de cette crise sanitaire, certaines bonnes pratiques, mais aussi des expériences nouvelles pourront probablement être utiles afin de faire progresser le fonctionnement des modes de livraison du dernier kilomètre.


[1] https://www.retaildetail.be/fr/news/food/supermarch%C3%A9s-hausse-du-chiffre-d%E2%80%99affaires-de-50-gr%C3%A2ce-%C3%A0-l%E2%80%99effet-corona

[2] https://www.economie.gouv.fr/coronavirus-guide-des-precautions-sanitaires-livraison-repas

[3] Source Nielsen